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Qu'est-ce qu'une expérience de mort imminente ?

Un état de conscience d'une intensité peu commune, rapporté par des millions de personnes — et dont l'existence n'est plus discutée. Ce qui l'est encore, c'est son explication.

Par Sonia Barkallah, réalisatrice · J'enquête officiellement sur le sujet depuis 1999

Une expérience de mort imminente, ou EMI, est un état de conscience d'une richesse et d'une intensité peu communes, rapporté par des personnes ayant frôlé la mort — lors d'un arrêt cardiaque, d'un coma, d'un accident, d'une opération.

Mais il faut le dire d'emblée : l'appellation est trompeuse. Une expérience en tout point semblable peut survenir sans le moindre danger vital — en méditant, pendant un rapport sexuel, ou simplement en buvant un café. Le terme est aujourd'hui considéré comme obsolète par une partie des chercheurs. Nous continuons pourtant à l'employer, moi la première, pour une raison simple : le grand public sait de quoi il s'agit.

Le phénomène a été popularisé dans les années 1970 et n'a cessé d'être mieux documenté depuis la parution du livre du Dr Raymond Moody.

Ce que racontent les témoins

Les récits sont bien plus riches que les listes qu'on en tire habituellement — chaque expérience est singulière. Mais un certain nombre d'éléments reviennent, avec une régularité frappante, quels que soient l'âge, le pays ou la croyance :

  • La décorporation — la sensation de se voir d'un point situé hors de son propre corps.
  • Un calme absolu, souvent décrit comme sans équivalent dans la vie ordinaire, y compris chez des personnes en pleine détresse physique.
  • Un passage : tunnel, couloir, obscurité traversée vers une clarté.
  • Une lumière perçue comme vivante, parfois accompagnée d'un sentiment d'amour ou de compréhension.
  • La rencontre de défunts, le plus souvent des proches.
  • La revue de vie : le déroulement de son existence, parfois ressenti du point de vue des autres.
  • Une limite qu'il ne faut pas franchir, et le retour — souvent contre son gré.

Personne ne vit tous ces éléments. Certains n'en rapportent qu'un seul.

Toutes les expériences ne sont pas lumineuses. Il existe des EMI dites « infernales » ou éprouvantes — angoisse, vide, sentiment de perte. Elles sont moins racontées, sans doute parce qu'elles sont plus difficiles à confier, mais elles font partie du phénomène et méritent la même écoute.

Le cas de Jacques Baranowski

C'est l'un des cas les plus documentés que j'aie rencontrés, et il figure dans mon livre comme dans mon film Témoins.

Perceptions vérifiées

Une conversation entendue à trente mètres

30 m

Pendant son expérience, Jacques Baranowski rapporte avoir entendu une conversation téléphonique entre une infirmière et sa mère biologique, tenue dans une salle de soins située à une trentaine de mètres de sa chambre.

Un détail

Il décrit également avoir perçu le chirurgien en train de rédiger son acte de décès — avec une particularité : une branche des lunettes du chirurgien était réparée avec du ruban adhésif.

38 ans

Plus de trente-huit ans après les faits, l'infirmière a confirmé ses perceptions.

C'est ce type de cas, rare et vérifiable, qui empêche de refermer le dossier.

Est-ce fréquent ?

Plus qu'on ne le croit. Les études menées auprès de survivants d'arrêt cardiaque situent la proportion entre 10 % et 20 % selon les critères retenus. Rapporté au nombre de réanimations pratiquées chaque année dans le monde, cela représente des millions de personnes — sans compter toutes celles dont l'expérience est survenue hors contexte médical.

Beaucoup se taisent. La crainte de passer pour fou explique qu'une partie de ces récits n'a jamais quitté le cercle familial.

Que dit la science ?

Les EMI ne relèvent ni de la croyance ni du folklore : elles font l'objet de publications dans des revues médicales et de programmes de recherche universitaires.

Ce qui fait consensus

Ces expériences existent, elles sont structurées de façon reproductible, et elles ne sont pas le signe d'un trouble mental. Elles s'accompagnent au contraire, dans la plupart des cas, d'un mieux-être psychologique durable. Une échelle de mesure — l'échelle de Greyson — permet depuis les années 1980 de les caractériser de façon standardisée.

Les hypothèses explicatives

Plusieurs mécanismes sont avancés, souvent combinés :

  • la baisse d'oxygénation du cerveau et l'accumulation de gaz carbonique ;
  • la libération massive de neurotransmetteurs et d'endorphines ;
  • des perturbations de la jonction temporo-pariétale, région impliquée dans la localisation du corps dans l'espace ;
  • une intrusion d'états proches du rêve paradoxal dans la veille ;
  • un pic d'activité cérébrale observé au moment de l'arrêt de la circulation, y compris chez l'humain ;
  • l'hypothèse de la thanatose : l'EMI serait la trace, chez l'humain, du réflexe de simulation de mort observé chez de nombreuses espèces animales face à un prédateur — une réaction de survie très ancienne, conservée par l'évolution.

Une hypothèse d'un autre ordre

Une partie des chercheurs défend l'idée d'une conscience non locale : la conscience ne serait pas produite par le cerveau, mais filtrée ou reçue par lui, ce qui expliquerait qu'elle puisse persister quand l'activité cérébrale s'effondre. Cette hypothèse est minoritaire et vivement contestée, mais elle est portée par des cliniciens ayant mené des études prospectives sérieuses, et c'est elle qui rend compte le plus directement de cas comme celui de Jacques Baranowski.

Ce qui reste ouvert

Certains témoins décrivent des scènes qui se sont déroulées pendant leur inconscience et qu'ils n'auraient pas dû pouvoir percevoir. Ces cas sont rares et difficiles à vérifier a posteriori — c'est précisément là que le débat se joue. Les sceptiques y voient des reconstructions mémorielles ; d'autres estiment qu'un seul cas solidement établi suffirait à rouvrir la question de la conscience.

Après : ce qui change dans une vie

C'est peut-être l'aspect le plus documenté, et le moins raconté. Les personnes qui ont vécu une EMI décrivent presque toutes les mêmes transformations :

  • la peur de la mort diminue fortement, parfois disparaît ;
  • les priorités se déplacent — moins de valeur accordée à la réussite matérielle, davantage aux relations ;
  • une sensibilité accrue aux autres.

Mais le retour n'est pas toujours doux. Reprendre une vie ordinaire après une expérience de cette intensité est parfois difficile, et l'entourage ne suit pas toujours. Il faut souvent des années pour intégrer ce qui a été vécu.

EMI, sortie de corps, mort clinique : ne pas confondre

  • L'EMI est définie par son contenu, pas par les circonstances : elle peut survenir face à un danger vital comme en dehors de tout danger.
  • La sortie de corps peut n'être qu'un élément d'une EMI, ou survenir seule — à l'endormissement, sous anesthésie, lors d'un malaise.
  • La mort clinique est un état médical — arrêt de la circulation et de la respiration — qui n'implique pas qu'une expérience ait été vécue.
  • L'expérience de fin de vie, rapportée par les personnes mourantes ou leurs proches, relève encore d'un autre champ.

J'ai vécu une EMI. À qui en parler ?

Si vous cherchez cette page après avoir vécu quelque chose que vous n'arrivez pas à nommer : vous n'êtes pas seul, et ce que vous avez vécu est décrit par des milliers de personnes. Ce n'est pas un symptôme.

En parler à son médecin traitant reste possible, et de plus en plus de soignants y sont sensibilisés.

Mon travail sur le sujet

J'enquête officiellement sur les expériences de mort imminente depuis 1999, après avoir vu cette année-là le documentaire adapté du livre du Dr Raymond Moody.

En 2006, j'ai organisé à Martigues les premières Rencontres internationales consacrées au sujet, puis un second colloque à Marseille en 2013. J'ai réalisé le documentaire Faux départ en 2010. En 2015, j'ai lancé une web TV consacrée aux expériences de mort imminente, au deuil et à la spiritualité. J'ai publié le livre Et si cela vous arrivait ? en 2021, et le docufiction Témoins est sorti en salle en novembre 2024.

Pour ce dernier film, j'ai fait un choix qui m'a été reproché des deux côtés : donner autant la parole aux sceptiques qu'aux convaincus. Les spécialistes du cerveau, du coma et de la conscience y répondent aux témoins, et personne ne conclut à leur place.

Le protocole Rosetta

Un témoignage, aussi troublant soit-il, est toujours recueilli après coup. C'est la faiblesse structurelle de ce champ de recherche : on reconstitue, on ne constate pas.

Rosetta est un protocole de recherche qui tente de sortir de cette impasse. Son principe : mettre en place, en amont et dans des services hospitaliers partenaires, un dispositif de vérification objective — de sorte que si un patient rapporte, au réveil, avoir perçu une scène pendant son arrêt cardiaque, cette scène puisse être confrontée à un élément établi indépendamment de lui.

L'enjeu n'est pas de prouver quoi que ce soit. Il est de rendre le phénomène falsifiable : de créer les conditions dans lesquelles un cas pourrait être établi, ou écarté, sur autre chose que la parole.

Le protocole est né de celui esquissé dans Témoins. Il est porté par l'association Qualia Science.

Aller plus loin

Page rédigée par Sonia Barkallah. Dernière mise à jour : août 2026.